Voici une petite compilation de liens qui nous relatent comment l'ensemble de l'administration française (police, justice, etc) traite les étrangers en situation irrégulière en France.

Etranglement dans un vol d'Air France

Pour commencer, Le Monde nous apprenait le 28 mai dernier[1] qu'un vol Paris-Bamako d'Air France a du être annulé suite aux protestations d'un certain nombre de passagers. En effet, un africain en situation irrégulière était ce jour là reconduit dans son pays par deux policiers :

D'après les témoins présents dans l'appareil, "l'un des policiers [aurait pratiqué] un étranglement sur le passager, tandis que le second policier, lui [aurait asséné] de grands coups de poing dans le ventre." Ces faits auraient duré "dix bonnes minutes".

Toute l'histoire : "Les passagers du Paris-Bamako témoignent de violences policières contre un Malien en cours d'expulsion" (Le Monde)

Eduardo, 9 ans

Dans l'article suivant, on apprend qu'expulser les parents d'un enfant de 9 ans et laisser à ce dernier le choix entre la DDASS ou partir dans un pays qu'il ne connaît pas, vivre une vie de misère, n'est pas contraire à l'intérêt supérieur de cet enfant...

L'avocat montre le carnet de note d'Eduardo. Excellent en français, brillant en calcul, très bon en histoire. Le dessin, par contre, c'est pas son truc.
[...]
Les parents d'Eduardo ont commis une erreur. Ils se sont crus intégrés parce qu'ils vivaient en France depuis six ans, y travaillaient, certes au noir, mais ils n'ont pas le choix, avaient un enfant scolarisé. Ils ont demandé à la préfecture de leur accorder un titre de séjour, pour pouvoir travailler légalement, et ne plus trembler en apercevant un policier, en fondant leur demande sur l'article L.313-11, 7° du CESEDA.
[...]
Ils seront placés en centre de rétention, le temps de leur trouver une place dans un avion, et Eduardo aura le choix entre les accompagner ou être placé à la DDASS. Il découvrira un pays qu'il ne connaît pas, mais on lui expliquera que c'est le sien, et non pas celui où il allait à l'école, ça c'était un pays pour de rire. Il apprendra qu'un cahier est un bien rare et précieux, qu'un livre est un luxe, qu'une école est un lieu où des traficants recrutent des revendeurs, et que traverser la rue peut mettre sa vie en danger.

Et un jour on lui dira que la France est une terre d'accueil. Je suis sûr que ça le fera rigoler.

A lire absolument ici : Eduardo (Maitre Eolas, Journal d'un Avocat)

Une scientifique qui vient d'Afrique ? Elle veut sûrement voler le pain des français...

Quittons les étrangers irréguliers pour cette "petite anecdote" : une malienne, médecin et spécialiste du SIDA s'est fait arrêtée et placée en détention à Roissy alors qu'elle venait assister à un colloque sur le SIDA à Paris !!!

Au départ, voilà une jeune femme présentant parfaitement bien : médecin, spécialiste du sida au Mali. Le mois dernier, elle est invitée, comme cela lui arrive souvent, à participer à un colloque scientifique sur le sida, à Paris, présidé par Christine Katlama. Il s'agit d'une rencontre très officielle puisque, en ouverture de ladite conférence, a été lu un message de bienvenue de Jacques Chirac...

La suite ici : Invitée à un colloque, elle atterrit en centre de rétention (Libération)

Conditions de détention

Retour sur le blog de Maître Eolas. Celui-ci ayant souvent affaire à des clients en situation irrégulière, il peut nous dépeindre les coulisses de la république, vous savez, c'est là que personne n'est censé aller voir car cela risquerait de ternir un peu les dorures de la république.

La zone de détention se trouvant à Roissy s'appelle Zapi. En voici une description :

La solidarité du tiers monde, elle est là. Vous l'entendez au téléphone. Chinois, Péruviens, Colombiens, Turcs,Congolais et Ivoiriens, tous se mettent à la recherche de celui que vous aidez, de celui qui, lui, a peut être une chance. Cruelle ironie : aux yeux de la loi, elle n'a même pas lieu en France puisque juridiquement, ils n'ont jamais accédé au territoire.

A lire en entier ici : Zapi Days (Maître Eolas)

A Paris, il y a le centre de détention des étrangers. Voici comme il est décrit par d'Alvaro Gil Robles, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, lors de sa visite en France :

En revanche, la situation au centre de rétention pour hommes qui se trouve sous le dépôt du Palais de Justice de Paris est catastrophique et indigne de la France.
[...]
Ces conditions inhumaines et dégradantes sont inacceptables pour les personnes retenues qui y sont placées, mais également pour les fonctionnaires qui y travaillent. Il est plus qu’urgent de fermer cet endroit qui représente à lui seul une image flagrante d’une violation grave des droits de l’homme. J’espère que sa fermeture annoncée depuis un certain temps sera effective le plus rapidement possible. Comme je l’ai dit au Ministre de l’Intérieur et au Préfet de Police, aucun report ne saurait être tolérable car un tel endroit situé au cœur même de la justice française reste inadmissible.

Cela fait 10 ans que le centre doit être fermé. Il est toujours ouvert !

A lire ici : L'homme qui n'existait pas (Maître Eolas). Au passage, ce billet relate ce que permet notre merveilleux système judiciaire et policier : créer un délinquant perpétuel du simple fait qu'il existe. Quoi qu'il fasse, il sera en situation illégale dans n'importe quel pays.

Air Chiotte, et vous qui pensiez qu'un vol à bas prix n'était pas confortable, vous n'avez rien vu...

Et maintenant, quelques détails sur les conditions d'expulsion de ces personnes. Maître Eolas (toujours lui) nous dépeint ce qu'il a appris des vols en avion durant ses rencontres avec des personnes en situation irrégulière. Ce n'est pas très beau...

Air Chiotte :

[...] Une fois à bord, sous les yeux du personnel de cabine impuissant, ils l'ont enfermé dans les toilettes de l'appareil, sans le détacher. Vous avez déjà visité les toilettes d'un avion ? C'est pas bien grand, hein ? Et bien imaginez, trois heures.
[...]pour lui scotcher la bouche avec du ruban adhésif extra-large, afin qu'il ne puisse crier. Il ne faudrait pas troubler la quiétude des passagers, vous comprenez.

Air Chiotte est-il possible :

Une des techniques employées jusqu'à récemment pour immobiliser un étranger récalcitrant est celle dite du "pliage" : l'intéressé est maintenu de force la tête penchée jusqu'à toucher ses genoux, dans une position qui coupe le souffle et l'empêche donc de crier. Cette technique alliée à un coussin a provoqué en Belgique la mort par étouffement de Semira Adamu, le 22 septembre 1998. Le pays a été outré par cette affaire et s'est massivement indigné. Cette technique a été aussitôt abandonnée. En Belgique.

A lire en entier ici : Air Chiotte (Maître Eolas), et ici : Air Chiotte est-il possible ? (Maître Eolas)

La France, terre d'accueil qu'il disait

Ouvrir en grand les portes de la France n'est certes pas possible, ne soyons pas angéliques, mais traiter avec un minimum d'humanité les gens serait un minimum pour un pays qui aime s'appeler "pays des Droits de l'Homme".

Cette France qui bafoue les idéaux qu'elle aime imposer au reste du monde, je ne l'aime pas, je n'en veux pas, mais je ne la quitterais pas, n'en déplaise à Monsieur Sarkozy. Il est de notre devoir de lutter, chacun à notre niveau, pour qu'on ne puisse pas dire je ne savais pas.

J'ai parfois honte d'être français, j'ai parfois honte de la France...

Pour en savoir plus sur le droit des étrangers, je vous conseille "Bienvenue en France" de Maître Eolas.


Cette image a été réalisée par Olivier Jobard en 2005, dans la zone d'attente de l'aéroport de Roissy, où les journalistes sont systématiquement encadré par les policiers lorsqu'ils travaillent, et ont interdiction de parler aux étrangers. Cette photographie est présentée dans l'exposition "Bienvenue en France".
Source : "Air France va-t-elle suspendre les expulsions sur ses vols?" (Rue89, 11/07/2007)

Notes

[1] Merci à Christophe et à son billet "Législatives : rien à bloguer" (Ma France de demain)