Dimanche prochain, le premier TGV Est s'élancera sur la ligne à grande vitesse reliant Paris à Reims, Metz, Nancy et Strasbourg. Ainsi, Metz et Nancy par exemple, ne seront plus qu'à 1h30 de Paris contre 3h actuellement !

Les lignes de TGV, des projets non rentables intrinsèquement

La très grande majorité des lignes à grande vitesse en France n'étaient pas rentables intrinsèquement sur le papier avant leur réalisation. En pratique, elles ne le sont que parfois et souvent de manière très limitée.

Ce manque de rentabilité tend à montrer qu'aucune entreprise privée ne serait prête à se lancer dans l'aventure de la grande vitesse sans le support de l'état. Cette assertion est d'ailleurs vérifiée dans les faits, il suffit de regarder les modes de financement des lignes qui mêlent des apports de l'état, des régions, de la SNCF, de Réseau Ferré de France et même parfois de pays étrangers (comme le Luxembourg pour le TGV Est), mais presque jamais d'entreprises privées alors que celles-ci ont l'opportunité d'y participer.

Source : Le financement des Trains à Grande Vitesse (Ministère de l'Equipement)

Le TGV, un exemple de la force publique

Toutes les collectivités locales qui sont reliées par le TGV y trouvent une réelle rentabilité sociale à défaut d'une rentabilité financière, ce qui explique que chaque ville, chaque région se bat pour avoir sa gare à grande vitesse. Il y a une véritable volonté politique à chaque création de nouvelle ligne. Il n'y a qu'à constater le lobbying fait par la Bretagne pour prolonger la LGV[1] jusqu'à Rennes, même chose pour Toulouse ou Strasbourg (le TGV Est n'étant à grand vitesse que de Paris à la Lorraine).

Bref, sans les politiques, sans une volonté forte de la puissance publique, jamais on n'aurait eu une France couverte de milliers de kilomètres de lignes à grande vitesse, jamais les métropoles régionales n'auraient pu se rapprocher autant de Paris, jamais on n'aurait eu une baisse du prix des voyages internes à la France comme on l'a en ce moment (le TGV étant un redoutable concurrent à l'avion).

Privatisons la SNCF, ces fainéants sont toujours en grève !

Je pense sans aucune hésitation qu'il y aurait moins de grèves à la SNCF si elle était une entreprise privée. Je pense sans aucune hésitation également que la SNCF serait beaucoup plus rentable si elle était une société sans aucun capital de l'état et avec uniquement un but de rentabilité propre à toute société privée.

Mais je pense aussi que si c'était le cas, on n'aurait pas de TGV en France et il serait beaucoup plus compliqué de faire des grands trajets rapidement dans notre pays. Comment puis-je affirmer ceci ? Il suffit de regarder ce pays qui est souvent cité en modèle par la droite française : l'Angleterre ! Madame Tatcher y a privatisé le train dans les années 80. Depuis, le réseau n'est plus réellement entretenu, les trains sont régulièrement en retard, ils ne roulent pas à grande vitesse et à chaque reportage dans les médias anglais sur la SNCF, ceux-ci s'extasient sur le "french bullet train"[2].

En un mot, la privatisation de la SNCF aurait des conséquences multiples et diamétralement opposées : augmentation de la rentabilité des lignes, diminution des perturbations aux clients à cause des conflits sociaux, mais au dépend du service rendu (vitesse, ponctualité) et surtout au dépend des investissements futurs.

Les limites du modèle

Bien sûr, tout n'est pas rose. Les trains régionaux par exemple ont complètement été délaissés par la SNCF durant des années et des années. Ceux-ci vieillissant sans être remplacés sont maintenant complètement dépassés et tombent souvent en panne.

La faute à la politique jusqu'au boutiste de la grande vitesse et surtout à la concurrence drastique de la voiture. Durant des années, tout le monde n'a juré que par et pour la voiture reine. Tous les politiques ont favorisé les transports automobiles en France, surtout dans un schéma régional en multipliant les rocades, les voies rapides, les autoroutes entre métropoles régionales proches les unes des autres, etc etc.

Il n'y a que récemment que les TER ont connu une seconde jeunesse grâce aux investissements massifs qu'ont réalisées bon nombre de régions. En effet, ces dernières ont depuis quelques années la charge de ces trains régionaux, sans pour autant avoir un réel transfert de fonds de la part de l'Etat, ce qui n'a fait qu'accroître les impôts locaux (beaucoup plus injustes que ceux sur le revenu, mais c'est un autre débat). Étonnamment, c'est encore une collectivité, donc "la chose publique", qui aide une entreprise maintenant de plus en plus privée à réaliser un service d'intérêt général.

Quel rapport avec les élections de dimanche ?

L'UMP prône depuis longtemps maintenant qu'il faut faire confiance au marché, qu'il faut libéraliser l'économie et que celle-ci fera ce qui est le mieux pour chacun et donc globalement ce qui est le mieux pour tous.

Or le TGV Est est le parfait exemple que les marchés financiers ne sont pas la panacée universelle, que toute économie doit être encadrée par une puissance politique forte pour limiter ses excès, pour pourvoir à ses carences.

Comment croire qu'une entreprise qui a pour but principal le bien de ses actionnaires (et non pas salariés ou clients) puisse avoir les mêmes objectifs qu'un Etat qui a pour but le bien de tous ses concitoyens ??? Je pense personnellement que les missions de service public, comme l'énergie (EDF, GDF), les transports (autoroute, rails) ou encore la santé doivent rester de la seule compétence de l'Etat. Tout simplement par ce que dans ces domaines, l'idée du profit maximum est contraire à l'intérêt de tous.

EDIT :

Voici pour ceux qui l'avaient manqué, les images du record du monde de vitesse du TGV Est.

Notes

[1] LGV : Ligne à Grande Vitesse

[2] "French bullet train", littéralement le "train-balle de revolver français".