Il est de notoriété publique qu'Alain Minc[1], essayiste et surtout président du Conseil de surveillance du Monde, est un proche de Nicolas Sarkozy. Il ne s'en cache pas, au contraire.

Le 28 juillet dernier, Alain Minc a réussi à se faire réélire président du Conseil de surveillance du Monde malgré les statuts du journal. Ainsi Claude Perdriel l'a déclaré élu, alors qu'il n'a obtenu que 10 voix sur 20. D'après les statuts du journal, il lui fallait au moins 11 voix ! Un véritable coup d'état !!!!
Les membres de la SRM (Société des Rédacteurs du Monde), qui ont 10 voix, étaient en effet contre sa réélection en dénonçant sa trop grande proximité avec le pouvoir en place.

Passage en force

Hostiles à la reconduction du mandat d’Alain Minc, dont l’engagement politique et les liens qui l’unissent à Nicolas Sarkozy posent problème aux yeux d’un très grand nombre, les journalistes du Monde ont vécu comme une provocation le passage en force du brillant avocat d’affaires, élu avec le seul soutien de l’ensemble des administrateurs externes, dont l’ancien PDG de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa.

Le Monde dans la tourmente (L'Express, 02/07/2007)

Cette crainte semble d'autre plus justifiée que Libération met en avant les nombreux conflits d'intérêts qui semblent exister chez Alain Minc :

Minc réussit le tour de force de se faire payer par un patron et, en même temps, par son concurrent. N’en parlez pas à Gérard Mestrallet, le PDG de Suez. Ce dernier a encore de la colère dans la voix quand il évoque son ex-conseiller. Alors qu’il le rémunérait depuis des années, il s’est rendu compte que la campagne pour le destituer était alimentée par le même Minc, qui conseillait Albert Frère, l’un des actionnaires de Suez déçu par la stratégie de Mestrallet.
[...]
A Vinci, le directeur général Xavier Huillard l’a mis à la porte du conseil d’administration en janvier, quand il s’est rendu compte que Minc conseillait le milliardaire François Pinault, qui préparait une attaque contre le groupe de BTP. Minc cherchait en fait à venger son ami Antoine Zacharias qui, un an plus tôt, avait été poussé à la sortie par le même Huillard.
[...]
L’homme continue cependant à garder des alliés. François Pinault, donc, et l’homme d’affaires Vincent Bolloré. Comme l’a montré le vote d’hier, l’establishment financier n’est pas prêt à se débarrasser de lui.

Médias, affaires, politique : Minc joue sur tous les tableaux. (Libération, 29/06/2007)

Cela est inquiétant pour l'indépendance de la presse (déjà bien mis à mal, cf. ici et ici) que le Président du Conseil de Surveillance du Monde, journal de référence, soit une personne qui se fasse élire en dépit des règles qu'il se doit de faire appliquer. De plus, il est un homme d'influence, jouant avec ses relations, le faisant savoir et n'hésitant pas à tromper ses alliés pour aider ses amis. Bref, je comprends l'inquiétude de la Société des Rédacteurs du Monde, et je la partage...

Pour mémoire, Acrimed (Action critique des Médias) nous rappelle la carte de visite de M. Minc :

Alain Minc : Président de la Société des lecteurs du Monde et président du conseil de surveillance du Monde SA, journal indépendant, membre du Conseil d’Administration de Moulinex (4.000 suppressions d’emplois annoncés en avril 2001), administrateur de Yves Saint Laurent et de Valeo SA, qui a aussi annoncé hier un vaste plan de restructuration, dont la fermeture des usines de Vire (Calvados) et de Cahors (Lot), supprimant 598 emplois. (Les Echos, 27 avril 2001).

L’actionnaire principal de Valeo SA est la CGIP dont le PDG est Ernest-Antoine Seillière de Laborde, président du MEDEF. Précisons - mais Alain Minc n’est pas directement concerné - que la CGIP est également un actionnaire majeur de Air Liberté-AOM, société en difficulté et dont les 7500 employés sont menacés ...