Le NouvelObs a publié avant hier une interview de Fatima Souabaou, membre du collectif AC! Agir ensemble contre le chômage (merci à SarkoFrance et ActuChomage). Elle nous donne son sentiment sur le RSA envisagé par le Gouvernement (sujet que j'avais abordé ici : Réforme des minima sociaux).

Personnellement, je ne peux m'empêcher de penser que l'idée est bonne ("supprimer les effets de seuil"), mais qu'il faut maintenant voir ce qui est vraiment derrière ce RSA. Sera-t-il de la poudre aux yeux ou une vraie avancée ? J'attends d'en savoir plus (même si cet interview commence à me rendre pessimiste).

Ceci dit, je partage le sentiment de beaucoup, il est clairement évident que cela ne réglera aucun problème. Le RSA ne sera pour moi qu'une mesure corrigeant des aberrations du système et non pas une solution miracle anti chomage.

Mise à jour : Je suis étonné que Mme Souabaou indique les expérimentations en cours ne donne aucun résultat concret alors que d'après Wikipédia[1], seul le département de l'Eure a lancé l'expérimentation le... 1er juillet 2007 (sous l'impulsion de son président socialiste). Difficile de conclure à quoi que ce soir avec seulement 25 jours de recule.
Pour être constructif, il ne faut pas refuser systématiquement toutes les idées venant de droite.

Voici l'interview :


Le revenu de solidarité active permettra-t-il aux RMIstes de sortir de la précarité ?

Nous pensons que non. Comme l'actuel système, le revenu de solidarité active va créer une caste de personnes qui ne sortiront jamais de la précarité. Toutes les expériences similaires donnent des résultats négatifs. Le RSA n'est qu'une modulation de ce qui existe depuis le 1er janvier 2005, avec le plan de Cohésion sociale de Jean-Louis Borloo. Dans les contrats aidés mis en place par ce plan, l'Etat et le département prennent en charge 90% du salaire pendant un an. Au bout d'un an, l'employeur a intérêt à changer de salarié pour embaucher un autre RMIste. Avec le RSA, l'employeur continuera à proposer du temps partiel ou très partiel, ou payé au maximum au Smic horaire. Le RSA va produire encore plus de précarité, comme les contrats aidés l'ont fait avant lui, en encourageant les employeurs à embaucher à bas salaires. Et comme pour les contrats aidés, le dispositif s'arrêtera forcément au bout d'un moment. Que deviendra alors le salarié ?

Deuxième remarque : personne, pas même Martin Hirsch, ne prétend que le RSA sera plus avantageux que l'actuel système de cumul. Depuis un an, un nouveau dispositif autorise un cumul allocation/salaire pendant 3 mois, puis plafonne les allocations à 150 € pendant 6 mois. On ne sait pas ce que ce sera demain avec le RSA, puisque chaque département aura sa propre politique. De ce point de vue, le RSA introduit une inégalité sur le territoire. Martin Hirsch a toujours défendu l'idée qu'un droit national en la matière serait inadapté, et le texte de loi laisse une liberté aux départements pour organiser la mise en place du RSA. C'est une destruction de l'égalité des droits sur le territoire.

Le RSA va tout de même améliorer les revenus des RMIstes qui reprennent un travail ?

Les expérimentations de RSA qui ont commencé dans quelques départements ne montrent aucune amélioration du revenu de l'allocataire qui reprend un travail. Nous sommes très étonnés de l'engouement actuel pour une mesure qui n'a absolument pas montré son efficacité. Un seul département a prévu, et encore au cas par cas, une possibilité facultative de participer aux frais de garde des enfants en cas de retour à l'emploi. Là où il est expérimenté, le RSA a tout au plus accru les contrôles sur les RMIstes, mais n'améliore pas leur sort. La majorité retrouve des contrats aidés d'un an, ou des CDD, ou du temps partiel. Or le revenu moyen des personnes en contrats aidés (on en compte actuellement 400.000, à l'origine de la baisse du nombre de chômeurs) est de 700 € nets. Cela ne permet pas de les sortir de la précarité. Ce dispositif ne répond pas aux vrais problèmes des RMIstes : logement, budgets formation en baisse dans les départements, budgets alloués à la mobilité des RMistes en baisse également. Je ne comprends pas le silence de l'opposition de gauche sur ce dossier. Les principaux concernés par ces mesures et les associations de précaires alertent depuis longtemps sur les effets pervers d'un tel dispositif.

La commission Hirsch, en 2005, avait évoqué l'idée de faire financer une partie du dispositif par une contribution demandée aux entreprises qui font largement appel au temps partiel. Retrouve-t-on quelque part cette idée dans le RSA tel qu'il est adopté par le Parlement ?

Vu le contenu du "paquet fiscal", la majorité actuelle n'a pas vraiment l'air de se diriger vers un accroissement des impôts pour les entreprises ! Au contraire, le montant des exonérations de charges est énorme. Et pourtant, je continue à me demander pourquoi il faudrait que l'Etat et les collectivités locales payent parce que des entreprises abusent du temps partiel. La seule solution pour combattre la situation précaire des RMIstes, c'est d'augmenter les salaires et restreindre les recours au temps partiel. AC! continue à demander qu'aucun salaire ne soit inférieur au Smic. Les études montrent qu'il faut gagner au moins un Smic pour se réintégrer. En-dessous, cela devient difficile de se déplacer, de faire garder les enfants… Or le RSA va tirer les salaires vers le bas.

De plus, le RSA laisse penser que les RMIstes sont responsables de leur situation. Mais pour retrouver un emploi, encore faut-il qu'il y en ait !