Je me sens un peu obligé de parler de son passage sur la séparation à l'amiable dans les entreprises étant donné que cela est repris un peu partout dans les médias.

- Une "sépataration amiable" dans l'entreprise.-
"Je veux vous redire à quel point je suis favorable à ce que soit ouverte la possibilité d'une séparation à l'amiable dans les entreprises dont les conditions pourraient être fixées à l'avance", a affirmé le président en reprenant une formule déjà utilisée par Laurence Parisot.
"Pour les familles, il y a bien un divorce par consentement mutuel", a-t-il dit, en soulignant que "l'objectif de la négociation sur le contrat de travail, c'est plus de liberté et de prévisibilité pour l'employeur et au bout du compte plus de protection pour le salarié".
"C'est la sécurisation juridique de l'employeur et la sécurisation du parcours professionnel du salarié", a-t-il dit.

"Sarkozy veut "rassembler" la Nation derrière ses entreprises" (Le Nouvel Observateur, 30/08/2007)

Je n'avais tout d'abord pas compris ce passage : rien n'empêche actuellement un salarié et son patron de tomber d'accord pour ne plus travailler l'un pour l'autre. Il n'y a aucun problème légal là dedans... à partir du moment où le salarié est pour. En effet, le système actuel essaye de protéger le salarié plus que le patron. Mais toute personne ayant vécu la situation où on veut se séparer de force d'un salarié sait que de nombreuses possibilités existent[1].

[Mise à jour : je tiens à préciser mon propos. En effet, officiellement, comme le rapporte de nombreux médias, il n'existe pas de séparation à l'amiable dans le contrat de travail. Cependant, je ne vois pas en quoi avec les contrats actuels on ne peut arriver de fait à une telle séparation : si l'employeur ainsi que l'employé sont tombés d'accord pour se séparer, il suffit à ce dernier de poser sa démission. On peut même faire ou non son préavis. D'accord, c'est officiellement le salarié qui va partir, mais si tout le monde est d'accord, où est le problème ? Quelque chose doit m'échapper...]

Alors, de quoi Nicolas Sarkozy nous parle-t-il ? Je pense que la partie clef de cette proposition est "dont les conditions pourraient être fixées à l'avance". On pourrait donc avoir sur son contrat d'embauche une clause fixant les conditions de la séparation "à l'amiable". C'est là que je vois un gros risque : est-ce qu'un candidat pourra réellement négocier le contenu d'une telle clause lors de son embauche ? Parfois, peut être. Mais je pense que dans la majorité des cas, on aura le même discours que sur le salaire : "si vous n'êtes pas d'accord, ce n'est pas grave, on a 10 autres volontaires derrière la porte".

Et là, voici la porte ouverte à tous les abus : on peut imaginer des clauses allant de conditions de chiffre d'affaire, des résultats du salarié, de date, de contrat, etc etc.

L'idée du Président est très forte : plutôt de risquer qu'un salarié ne soit pas d'accord pour partir quand son patron le lui demande (ce qui serait quand même la moindre des choses dans le cas d'une rupture que l'on veut qualifiée d'amiable), on va déporter ce choix à la signature du contrat d'embauche ! L'image du mariage que nous a donné Nicolas 1er est ainsi complètement erronée : un divorce à l'amiable, cela signifie que les deux membres du couple sont d'accord pour divorcer au jour du divorce, pas qu'ils se sont mis d'accord là dessus au moment de leur mariage.

Prenons un autre domaine dont je connais bien le fonctionnement : les sociétés de service informatique. Il suffira de mettre une clause dans le contrat du style : "La fin de contrat aura lieu lorsque le temps d'inter-contrat arrivera à x %". Ce qui signifie qu'un informaticien perdra son emploi lorsque son commercial ne sera pas suffisamment bon pour trouver des missions pour son agence. Autre possibilité, relancer l'idée des contrats de mission : "Ce contrat prendra fin lorsque votre mission pour notre client x sera fini". Résultat, généralisation de l'intérim pour de nombreux ingénieurs.

Il n'y a pas à dire, c'est une superbe idée : il y a beaucoup d'emplois instables en France. Quelle est la solution ? Rendre tous les emplois précaires, comme ça plus personne ne criera à l'injustice !

Ayons une pensée émue pour les milliers (voir millions) d'ouvriers qui se sont battus tout au long du siècle dernier pour obtenir un minimum de protection de leur emploi. A l'époque, c'était ça le progrès social. Aujourd'hui, la droite a réussi à faire croire à beaucoup que le progrès social, c'est de revenir là dessus... Triste France...

Ce billet est la suite de celui-ci : Sarkozy en campagne électorale au Medef

Notes

[1] Je l'ai vécu dans mon entreprise précédente, heureusement, en témoin et pas en victime.