Le Monde publie un article inquiétant sur l'activité favorite de la police ces derniers temps. Quelques extraits :

Sous la protection de l'anonymat, des officiers de police expriment une exaspération, [...]. "Je me demande ce qui va se passer le jour où nos collègues, lassés d'être mobilisés sur des contrôles d'identité, trois à quatre fois par jour, rapporteront à la presse qu'ils ne contrôlent sur ces opérations que des individus susceptibles d'être étrangers en situation irrégulière en raison de leur couleur de peau", s'inquiète l'un d'eux. "Et, pendant ce temps-là, trafics en tout genre dans les cités, vols à l'arraché... sur lesquels nous n'avons même plus le temps de bosser. La culture du résultat, oui, je l'accepte, mais pas à n'importe quel prix !" [...]

"A Paris, les unités judiciaires de traitement en temps réel sont en surchauffe avec parfois plus de 80 % de gardes à vue portant sur des infractions à la législation des étrangers", ajoute un autre. "Les magistrats de permanence sont eux aussi excédés et nous demandent parfois ironiquement si nous sommes encore intéressés par arrêter de vrais délinquants..." Un troisième s'interroge : "Dans mon département de l'ouest de la France, je les trouve où et comment mes étrangers en situation irrégulière ?" [...]

Et oui, vous avez bien lu : plus de 80% des gardes à vue dans les commissariats sont pour des clandestins ! Sarko est très fort, il a réussi à faire disparaître voleurs, violeurs et autres criminels des bureaux de police !

Patrick Pribile, représentant local du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), dénonce une "pression quantitative" pouvant "susciter des dérives policières et des erreurs procédurales". Du côté des policiers, on déplore "une ambiance malsaine liée à l'activisme d'associations dont la représentativité est discutable".

Heu, là, j'aimerais bien qu'on m'explique ce qu'est un "activisme d'associations dont la représentativité est discutable" ? J'ai du mal à saisir de quel activisme ou de quelles associations on parle (je suis sérieux là, je ne saisis par trop le sens de cette phrase, que dénonce-t-on ? L'action d'associations comme la Ligue des droits de l'Homme ? Ou est-ce autre chose ? Je suis preneur d'infos, merci)

Au tribunal de grande instance de Bordeaux, les procédures concernant les étrangers sont passées d'une centaine en 2001 à 600 en 2006. Olivier Joulin, vice-président du tribunal, membre du Syndicat de la magistrature, souligne que, "si le préfet de Gironde, lui aussi convoqué par le ministre, saisit les juges des libertés et de la détention pour atteindre les objectifs assignés, il leur faudra prononcer 500 décisions de maintien en centre de rétention en trois mois, l'équivalent de ce que nous avons fait en neuf mois." Le contentieux des étrangers, qui, représente de 30 % à 40 % de l'activité des deux JLD, "en représenterait le double. Cela se fera au détriment des autres contentieux". [...]

Comprendre qu'ils n'ont plus le temps de traiter d'autres affaires.
Mise à jour : Me Eolas nous apprend d'ailleurs ici que ces autres contentieux ne sont "que" de la détention provisoire (vous savez, cela correspond aux longs mois (années même) passés en prison par les innocents d'Outreau).

Une JLD de la région parisienne évoque "une machine qui tourne à vide" : des étrangers continuent d'être présentés à la justice, mais, faute de place en centre de rétention, les décisions ne vont pas être appliquées. [...]

[Le contentieux des étrangers] représente déjà plus du quart des requêtes enregistrées (quelque 44 000 sur un total de 167 000) et connaît un rythme de croissance qui ne cesse de s'accélérer. [...]

"Le contentieux des étrangers étant le seul contentieux de masse pour lequel nous soyons soumis à un délai, nous ne jugeons plus le reste", relève Stéphane Jolinet, délégué du Syndicat de la juridiction administrative (SJA). A Paris, sur l'ensemble des requêtes audiencées entre la mi-septembre et la fin octobre, 70 % relèvent du droit des étrangers, 21 % du droit fiscal et 9 % seulement des litiges portant sur les autres politiques publiques.

Expulsions d'étrangers : les objectifs fixés mettent policiers et juges sous tension (Le Monde, 25/09/2007)

Avec la politique des quotas que l'Empereur Sarkozy a mis en place et la pression qui est relayée sur le terrain par son célèbre Darth Vador ministre de l'immigration, le gouvernement est train de mettre la machine judiciaire en surchauffe (et Dieu sait qu'elle n'en a pas besoin) ainsi que de mobiliser toutes les polices de France uniquement pour traquer ces étrangers qui viennent manger le pain des français. N'y a-t-il rien de plus important ? La police et la justice n'ont ils pas mieux à faire vis-à-vis de truands dangereux ?

Je me pose quand même une question, et je suis loin d'être le seul : pourquoi 25 000 expulsions d'étrangers en situation irrégulière

Par définition, un clandestin n'est pas connu des services de police (quoique, beaucoup payent des impôts !!! Un comble !), un clandestin n'est pas compté par le recensement de l'INSEE. Comment sait-on qu'on a 25 000 sans papiers en France à éliminer expulser Si on en trouve moins, qu'on en expulse moins, si on en trouve plus, qu'on en expulse plus ! Que penserait on si on disait aux policiers : cet année, je veux qu'on arrête 500 tueurs, 1230 violeurs et 0 patrons voyous[1] ?

Comme d'autres l'ont déjà rappelé, ces clandestins ne font rien de mal, ils ne tuent pas, ne volent pas, ne violent pas, ne tapent pas dans la caisse de leurs employeurs, ils ont juste le malheur de vouloir vivre en France. Comment je sais qu'ils n'ont rien à se reprocher ? Facile, si c'était le cas, cela ne serait pas une procédure d'expulsion mais une procédure pour un autre crime !

Plus ça va et plus toutes ces histoires me font penser à une autre époque, à un autre temps. Vous savez, celui où l'on accusait un peu partout au travers l'Europe les juifs d'être à l'origine du chômage, des misères etc etc. C'est une politique très facile : on se trouve un bouc émissaire et on le livre à la vindicte populaire. Cela permet de camoufler facilement les vrais problèmes.

Bon, promis, je vais essayer de ne plus parler de la politique d'immigration de Nicolas, cela me mine trop le moral...

Notes

[1] Oups, ce dernier exemple n'est pas bon, Sarkozy l'a effectivement prévu en militant pour une dépénalisation du droit des affaires lors de son meeting devant le MEDEF.